Covid 19 et la peur de mourir

Applaudir les soignants a très vite fait sens lors du premier confinement. Le fait qu'ils travaillent au contact du virus nous a semblé courageux.

Ce qui indique que nous avons vite eu peur de l'attraper, même si nous n'en avons pas eu toujours conscience. Un professionnel n'est pas courageux parce qu'il exerce sa profession, mais parce qu'il est en face de quelque chose qui est un danger, et que nous ne voudrions pas être à sa place.

Incertitude ?

Mais dans ce second confinement, avons-nous seulement peur de la contamination comme dans le premier ?

Au premier nous avons cru entendre que seules les personnes très âgées et celles de santé fragile devaient craindre de l'attraper.

Cette information a été contredite par d'autres qui venaient indiquer que des personnes jeunes en pleine santé étaient lourdement éprouvées.

Là encore, on pouvait toujours se rassurer en entendant que de nombreuses jeunes personnes et des professionnels avaient été contaminés par ce virus sans le savoir. Ce qui suggérait que l'on pouvait très bien supporter le virus, au point de ne pas en avoir conscience.

Sommes-nous tous exposés au risque de perdre la vie, l'incertitude demeure !

L'anxiété de la mort

Dans cette incertitude nous semblons divisés : il y a ceux qui ont toujours eu peur, ceux qui commencent maintenant à avoir vraiment peur et ceux qui refusent.

Mais en réalité cette division n'est qu'apparente. « Moi ça ira ! Peut-être que pour les autres ça ira moins bien ! C'est possible ! »

Le fait que beaucoup d'entre nous refusent de céder à la panique, ou tout simplement ne ressentent pas d'inquiétude consciente, ne veut pas dire qu'il n'y a pas une anxiété qui nous concerne tous.

Une même anxiété pour tous !!! Nous la vivons à des stades différents, selon nos vécus personnels qui nous aident ou pas à l'envisager : c'est l'anxiété de notre mort personnelle, la peur très personnelle de mourir.

Envisager sa mort ?

On dit qu'il faut bien mourir de quelque chose, mais c'est un raisonnement logique seulement.

On dit que les personnes très âgées se rapprochent à grands pas de la mort, mais nous essayons toujours de les imaginer soulagées. 

Aucune erreur possible : la mort logique, biologique, soulageante, ce n'est pas la nôtre !

Si l'on s'oblige à être honnête, si on ne tombe pas dans le raisonnement automatique, la nôtre c'est celle dont on ne veut surtout pas, pas maintenant.

C'est celle à laquelle on ne se prépare pas, on ne veut pas. Elle ne serait pas logique. Elle nous surprendrait. Elle serait une privation du temps que l'on veut encore vivre.

Envisager notre mort personnelle serait envisager celle qui viendrait nous contredire, puisqu'on est convaincu tous les jours, dès notre réveil, d'avoir encore du temps.

Envisager que ce soient les autres qui décèdent c'est avouer notre refus de l'envisager pour nous.

Oui, c'est vrai, le virus en lui-même ne nous effraie pas quand nous affirmons que certains paniquent trop vite, ou que pour nous ça ira, même si on l'attrape. C'est davantage notre difficulté à supporter la peur de notre propre mort qui s'exprime.

Accepter les contraintes

Alors, comment faire ? Que veut dire la supporter ? L'accepter avec fatalité ? Cynisme ? Déprime ? Ou l'envisager pour être efficace dans le maintien de notre temps de vie ?

Comment ?

Peut-être prendre un temps pour regarder sincèrement cette peur, afin de rallonger nous-même notre durée de vie.

Peut-être en faisant retour sur ce que notre vie nous a apporté.

Si elle est encore trop inachevée à notre goût, comme nous le ressentons presque tous, alors nous aurons le besoin de mettre les masques et nous envisagerons sincèrement les gestes demandés, non plus comme des contraintes pénibles, réductrices, politiques, autoritaires mais, au contraire, spontanément, comme une sécurité qui participe à notre désir à tous que notre mort personnelle ne soit plus si proche !