La relation à l'autre avec le masque

Se laver les mains plus souvent et bien mieux qu'avant, c'est un effort, car il faut y penser. Mais ce n'est pas un effort physique. On améliore, on prend conscience d'une signification et d'un geste que nous vivions déjà.

Mais porter le masque, c'est bien autre chose !

Les entraves

Nous avons tous des réactions variables en degrés : du « je ne le supporte pas », à « je transpire avec le masque », en passant par le « je le supporte, mais je respire mal”, ou « je le vis bien, mais ce sont les autres qui le vivent mal, ils ne m'entendent pas », et jusqu'à « je le mets et je l'oublie naturellement, ce qui est pénible c'est qu'il faut penser à le changer ».

Ces réactions sont-elles toutes radicalement différentes, ou y a-t-il un ou deux fils conducteurs à travers elles ?

Sentiment d'être à l'étroit dans nos mouvements du visage, d'être entravé dans notre respiration et notre élocution, d'être moins bien compris, d'entendre moins bien l'autre, de ne plus voir les expressions de son visage (juste ses yeux), de ne pas être assez vu quand on souhaite manifester un sourire... 

Notre expression de nous-même devant l'autre et notre accès à ce que l'autre peut nous montrer de lui, voilà peut-être les deux dimensions importantes dont nous sommes privés.

« Je me sens moins bien quand je ne suis plus sûr d'être compris » et « je me sens moins bien quand je ne suis plus sûr de bien saisir la parole de l'autre, quand me manquent les signes de ses intentions sur son visage ».

Cela renvoie sans doute à notre croyance que le fait d'être vu et celui de voir suffisent pour être compris de notre interlocuteur et le cerner à notre tour.

La relation à l'autre

Avec ce confinement qui dure (ou ce nouveau confinement), si l'on prend le temps d'y regarder, ne faisons-nous pas l'effort, sans y penser, de parler plus lentement quand on s'adresse à un tiers à travers notre masque ? Pour être sûr d'avoir une chance d'être compris, sans doute !

Pour bien l'entendre, ne sommes-nous pas moins distraits à son égard quand il nous parle derrière le sien ?

Ne cherchons-nous pas davantage ses yeux, alors que nous ne regardions qu'un visage d'ensemble avant ?

N'allons-nous pas moins vite dans nos échanges sociaux (le « bonjour », la demande d'information adressée à la personne présente au guichet, etc.) ?

Sans nous en rendre compte, nous développons plus d'attention.

Nous faisons attention à nos besoins de nous adresser aux autres et nous faisons plus attention aux intentions des autres dans leurs réactions devant nous.

Finalement, entre seulement voir le visage de l'autre et faire attention à l'autre, entre la certitude d'être perçu par notre visage, et celle d'être l'objet d'un effort d'attention.

Quand quelqu'un regarde fixement nos yeux pour nous entendre, nous n'y perdons pas vraiment !!! C'est sûr, le masque nous aide à aller moins vite dans nos échanges quand nous nous croisons.

Oui, même si nous avons conscience de cela, sans doute le jour où il faudra laisser les masques, peu d'entre nous se diront nostalgiques.

Cependant, attention, il sera plus difficile de refouler ce que nous aurons compris de nos difficultés, à avoir l'intention de faire attention les uns aux autres. Il faudra peut-être vraiment en parler avec quelqu'un, de cette difficulté à retrouver l'envie de faire attention et à être l'objet d'attention.